Vers une écriture inclusive

L’année 2018 marque une ère de grands changements. Le domaine culturel, notamment, face à la montée en popularité de mouvements tels que l’égalité femme/homme, l’appropriation culturelle et, bien-sûr, la communauté LGBTQ+, se doit de s’adapter aux nouvelles réalités sociales. Avec cette notion en tête, chez les éditions Cervidae, nous nous sommes ainsi lancés l’imposant défi d’éditer quelques-uns de nos ouvrages selon une grammaire française non-sexiste. Toutefois, soyons réalistes, cette façon d’écrire (et de lire!) n’est pas encore très intuitive chez plusieurs d’entre nous et n’est, à ce jour, pas appliquée dans beaucoup de maisons d’éditions québécoises. Mon défi, en ce jour, consistera donc à vous familiariser avec le concept d’une langue inclusive et à en démystifier les croyances populaires erronées.


Mais c’est quoi, au juste, une grammaire non-sexiste ? Par son appellation officielle, le langage épicène (dit neutre, non-genré ou encore non-sexiste) englobe toutes les formes d’écriture qui évitent la discrimination d’un groupe ou d’un genre. Attention, on ne souhaite toutefois pas que le genre soit retiré du français (ce serait d’ailleurs presque impossible étant donné sa présence intrinsèque dans la langue), on désire simplement la rendre inclusive dans les accords, reflétant ainsi une plus vaste majorité d’individus.


À titre d’exemple, le masculin ne l’emporte plus sur le féminin, les deux cohabitent. Ainsi, lorsque la règle s’applique, à l’aide de points médians, on inclut les deux genres en ajoutant un « e » ou encore en complétant avec des terminaisons féminines telles que « trice », « euse », ou « esse ». Pour parler de la couleur de cheveux d’un groupe d’élèves (autant des filles que des garçons), on écrit désormais « Les blond·e·s » à la place de « Les blonds ». La grammaire non-sexiste a même pensé créer des pronoms neutres, permettant à son utilisateur·trice, lorsque nécessaire, de remplacer il ou elle. Il s’agit d’« iel » et d’« iels » au pluriel. Quelques autres variantes existent, mais elles sont moins utilisées dû à leur sonorité moins adaptée pour l’oral.


Dans le plus concret, on accorde dès maintenant le juste titre à la personne dans les métiers. Certains mots que l’on croyait désuets reviennent en force dans le vocabulaire. En voici quelques exemples :


- Auteur/Autrice

- Médecin/Médecine

- Philosophe/Philosophesse


On peut également préférer des mots d’ordre collectif (qui évitent par le fait même le pléonasme) : « Ce message s’adresse à tous les employés et à toutes les employées » serait remplacé par « Ce message s’adresse à tout le personnel ». Non seulement c’est inclusif, mais c’est aussi économique au plan de la linguistique. À ce propos, je ne dois pas être la seule à avoir toujours cru que de rédiger en appliquant le langage épicène allait me prendre plus de temps, que cela allait surcharger mes textes. Or, comme on vient de le constater, certaines de ces règles, pour ne pas dire la plupart, permettent de filtrer les informations importantes, de préciser une idée qui s’avérait plutôt générale.


Bref, la langue est un pilier important d’une société, particulièrement au Québec où le français agit comme élément culturel fort forgeant notre identité sociale et nos rapports au reste du monde depuis plusieurs siècles. Pour qu’une langue persiste dans le temps, pour qu’elle évolue, elle se doit d’exprimer les mœurs d’une époque et d’offrir un vocabulaire comme une grammaire actuel·le·s. Certes, adaptation il y aura. Heureusement, le français inclusif permet un progrès tout en douceur sans cesser d’être à l’image des individus qui le parlent, le transmettent et le font vivre au jour le jour.

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